À partir de l’observation des zones alluviales du Rhône, le Manifeste des marais articule en dix notions une grammaire du milieu.
FLUX
L’eau, la matière, les organismes et les usages circulent. Le marais est mis en mouvement par leur redistribution et se recompose.
FRAGMENTS
Chaque élément, avec ses besoins et ses conditions, s’inscrit dans un ensemble. Le milieu fonctionne par mosaïque et par connexions.
POROSITÉ
Des flux hydriques, biologiques et humains traversent un milieu perméable. Sans cloisonnement rigide, il relie, filtre et échange dans la continuité.
SEUILS
Des zones de transition, interfaces entre eau et terre, inondé et émergé, ouvert et fermé, favorisent la diversité, les passages et la formation d’îlots refuges.
HYBRIDATION
Dans le milieu, vivants, pratiques et structures s’entrelacent. Il se maintient par l’équilibre continu entre formes stabilisées et dynamiques changeantes.
DURÉE
Le milieu suit des temporalités longues, rythmées par les cycles saisonniers, les successions et les transmissions. Vivant et usages s’y ajustent.
COEXISTENCE
Des êtres vivants partagent le milieu. Leurs relations sont situées, évolutives et interdépendantes, fondées sur la prise en compte des besoins de chacun.
LIENS
Le territoire se définit par les relations qu’il active : flux, usages, coopérations, transformations. Sa valeur réside dans ce maillage réciproque.
TRANSFORMATION
L’interaction avec le lieu produit un apprentissage. Perceptions, représentations et pratiques se transforment au contact du vivant et des savoirs mobilisés.
SOIN
La sollicitude interespèces maintient les conditions d’habitabilité. Elle modère les usages, soutient les relations et rend la coexistence possible.
© Laurence Piaget-Dubuis / Watergaw — Néo sauvage, 2026
Les zones alluviales du Rhône non canalisées abritent des voix multi-espèces. Là, se maintiennent des formes de vie rares, parfois au bord de l’extinction. Autant de manières d’habiter, de circuler, de composer avec les écoulements, les sédiments, les êtres, les gestes humains et les aménagements.
Le manifeste des marais met au jour une intelligence du lieu. Ce système relationnel hybride ajuste fragments, flux et temporalités. Prendre sa capacité d’ajustement pour modèle appelle à une conception fondée sur les relations, les articulations et les transformations continues.
Le manifeste des marais ouvre un îlot de négociation. Un outil pour penser et agir dans des systèmes écologiques, sociaux, urbains ou organisationnels. La stabilité dynamique repose sur le maintien des conditions d’habitabilité, le lien entre usages et vivant, et le soutien de la coexistence par le soin, dans le respect des besoins propres aux milieux et aux espèces.
